Autres écrits
Leçons au Collège de France

Diverses sources complètent les renseignements que procurent les lettres de Guy Patin sur sa chaire d’anatomie, botanique et thérapeutique, et sur ses leçons du Collège de France.

Pour ma charge de professeur du roi

Sous ce titre, le ms Montaiglon du Collège de France conserve, pages 135‑136, un manuscrit de Guy Patin relatant l’obtention de sa chaire royale : [1][1][2][3]

« L’an 1654, dès le mois de mai, M. Riolan [4] me fit une proposition touchant cette charge, pour la mettre dans ma famille, par le mariage qu’il me proposait de Damlle Marie Procé, sa petite-fille, avec mon deuxième fils, qui ne pourrait être accompli qu’un an après qu’il serait docteur. [2][5][6] Je trouvai trop d’inégalité en ce marché, je n’y pus entendre [3] et lui dis seulement que s’il voulait, je traiterais pour moi de ladite charge au prix qu’il la mettait en ligne de compte pour mon deuxième fils, en son mariage : c’est-à-dire par survivance, pour la somme de 4 000 livres payables deux mois après sa mort, et que je serais en pleine jouissance paisible de ladite charge. Il en demeurera d’accord tout à l’heure, en promettant de me faire recevoir, par le crédit qu’il avait vers M. l’évêque de Coutances ; [4][7] a quo si non potuisset impetratre[5] il avait des gens qui s’offraient d’en parler au cardinal Mazarin et de l’obtenir de lui. [8] Il fit donc dresser les lettres sur du parchemin, telles que je les ai (ayant pris exemple de la résignation que M. Moreau avait faite à Monsieur son fils), [6][9][10] et après avoir signé chez M. Dupuis, notaire, [7][11] la promesse que je lui en faisais ; et lui, en ayant fait donation de ladite somme par un acte particulier à sadite petite-fille, Damlle Marie Procé, nous allâmes trouver M. l’évêque de Coutances, grand vicaire de M. le grand aumônier (savoir de M. le cardinal Antoine qui alors était à Rome). [12] Ce fut un jour de Saint-Denis, 9e d’octobre 1654, dès que ledit sieur évêque de Coutances fut de retour d’un voyage qu’il avait fait à la cour. Nous avions quant et nous deux des officiers du cardinal de Mazarin, savoir MM. de Saignon et de Fontenelles. Après que M. Riolan lui eut exposé son fait, il lui dit que cela ne se pouvait faire et qu’il n’y avait point d’exemple de cela. M. Riolan lui en allégua et lui dit plusieurs choses à mon avantage. Il dit qu’il me connaissait bien et qu’il eût voulu me servir ; et même, il me loua et flatta d’avoir été le bon ami de feu M. Naudé, [13] et me dit qu’il eût bien voulu me servir, qu’il y penserait. Il nous quitta sans conclusion, hâté, ce disait-il, d’aller à la messe. Ces deux Messieurs nous promirent de lui faire faire ; et de fait, deux jours après, il nous renvoya quérir et nous accorda notre demande, à la charge que j’enseignerais avec diligence et assiduité, ce que je lui promis de faire ; il prit nos lettres et nous promit que nous les aurions toutes signées dès le lendemain, ce qu’il fit une heure après.

Aussitôt, nous fûmes chez M. de La Vrillière, secrétaire d’État, [14] qui nous reçut fort noblement, et les ayant lues, nous les signa avec beaucoup de courtoisie et de grâce.

Dès le lendemain, nous les mîmes au sceau et quelques jours après, M. le garde des sceaux, Molé, [15] les fit expédier gratis, propter utrumque, Professorem[8] Dès que M. Riolan les eut retirées du sceau, nous fûmes trouver M. de Coutances, qui me fit prêter serment, dont j’ai l’acte, et partit en quelque petite disgrâce de la cour, pour s’en aller en son évêché. Dès le lendemain, M. Carrière, son secrétaire, m’apporta mes lettres, et lui donnai, valde repugnanti[9] six écus d’or que je lui fis prendre par force, etc.

Alors, je préparai ma harangue et dès qu’elle fut faite, je fus pour demander à M. de Coutances quand il voudrait que je la fisse, et s’il y voudrait assister. Il était alors en Normandie et s’il eût été ici, je l’eusse faite dès la fin de novembre. [10] Je crus qu’il valait mieux l’attendre, cum diceretur proxime rediturus ; [11] mais il ne revint qu’après la Chandeleur ; et comme je l’allai saluer, il me dit qu’il y voulait assister et que j’attendisse qu’il eût un peu donné ordre à ses affaires. Enfin, après plusieurs visites que je lui fis, il me donna jour, un lundi 1er de mars [12] à dix heures précises et me promit fort d’y assister, et à M. Riolan aussi ; à quoi néanmoins, il manqua, d’autant que ce jour-là le roi et le cardinal Mazarin partaient de Paris, et envoya après trois heures me dire que je ne l’attendisse plus. Tous les professeurs du roi y assistèrent, hormis trois, savoir Tarin [16] qui était aux champs, Morin et M. Gassendi qui étaient malades. [17][18] MM. les ambassadeurs des Villes hanséatiques, Penshorn et Moller, natifs de Hambourg, y étaient, [13][19][20] avec MM. Miron, Charpentier et Tonnelier, MM. Tilladet et de La Naure, [21][22][23] et tant d’autre monde que la salle en était plus que pleine. Ma harangue dura plus de deux heures et plus fort pour la diversité dont elle était étoffée.

La tapisserie de la salle, qui est fort grande, me coûta 24 livres.

Ensuite de quoi, je commençai mes leçons publiques, lesquelles j’ai continuées les jours suivants jusques au mois d’août, et ainsi les années suivantes.

Enfin, M. Riolan est mort le lundi 19e jour de février. [14] Deux mois après, j’offris de faire le paiement de 4 000 livres ; mais pour avoir mon assurance et ne pas payer deux fois, il fallut créer un tuteur à Mlle Marie Procé, laquelle était encore mineure. Enfin, après plusieurs altercations, la bonne femme, Mme Riolan, sa grand-mère, fut élue tutrice ; [24] et en cette qualité, elle toucha l’argent dont elle signa la quittance, aussi bien que M. l’abbé Riolan, son fils, [25] et M. Le Breton, son gendre, chez M. Dupuis, notaire auprès de Saint-Germain-l’Auxerrois, au coin de la rue de l’Arbre-Sec, le 16e de juillet 1657 ; lequel Dupuis m’en a donné ma quittance, que j’ai céans avec mes provisions. Pour bien faire dresser cette quittance, avec toutes les conditions et circonstances requises, je menai quant et moi un autre notaire, nommé M. de Bierne, [15][26] auquel je donnai deux écus ; et à M. Dupuis, quatre écus ; si bien que cette quittance me coûta 18 livres.

Et quelque temps après, pour la vérification de mes lettres au bureau de MM. les trésoriers de France, j’en ai délivré à M. Naudé, l’agent commis au greffe du dit bureau, 43 livres ; et ladite vérification est aussi avec ma quittance et mes provisions, elle est signée du 10e de septembre 1657 par M. de Santeol, Hachette, Doublet et Danès, qui en avait été le rapporteur au bureau le 10e de septembre, et partant 43 livres.

Le lundi 17e de septembre 1657, M. de Flavigny gagna son procès à la deuxième des Requêtes du Palais contre M. Tarin qui se voulait dire doyen des professeurs royaux au-dessus du dit de Flavigny, qui avait été reçu comme coadjuteur seulement par survivance devant M. Tarin. [27] Si cette sentence n’est cassée par arrêt de la Grand’Chambre, je suis en même droit que M. de Flavigny et suis immédiatement après M. Jean-Baptiste Moreau, et dois précéder MM. Denyau, des Auberis, de Roberval et Blondel. [28][29][30][31] Pour M. Goudouin, [16][32] il n’a été reçu que depuis la mort de M. Riolan, si bien qu’il est aujourd’hui le dernier. »

Programme

Le fonds manuscrit Montaiglon du Collège de France conserve un billet écrit par Guy Patin, où il a consigné un agenda de ses leçons au Collège, pour les années 1663-1666 (page 183) :

In annum 1663. remanent 2. et 3. sectio de simplicib. medicamentis purgantibus.
In annum 1664. Sectio 4. de simplicibus medicamentis purgantibus, quæ sunt venenatæ naturæ.
In annum 1665. Commentarii breves in libros Methodi Galeni.
In annum 1666. Particularis Methodus medendi, initio facto a morbis Capitis. Postea si Deus vitam et otium dederit, seqq. annis, de morbis Thoracis et Abdominis.
Et tamen, dum annos æternos in mente habeo, vitæ summa brevis spem nos vetat inchoare longam. Non quam diu, sed quam bene.
Fiat voluntas tua, Domine.
Die Martis, xi. Sept. 1663. Prælectionibus meis publiciis, cum Deo finem imposui. Die Martis, 9. Sept. 1664 eundem finem imposui.
Die Iovis x. Sept. 1665 docere desii : et anno 1666. 7. Augusti
.

[En l’an 1663, on s’arrête aux sections 2 et 3 des Médicaments purgatifs simples[33]
En l’an 1664, section 4 des Médicaments purgatifs simples, ceux qui sont de nature vénéneuse.
En l’an 1665, Commentaires courts sur les livres de la Méthode de Galien. [34]
En l’an 1666, Méthode particulière de remédier, en commençant par les maladies de la tête. Ensuite, si Dieu donne vie et loisir, les années suivantes, sur les maladies du thorax et de l’abdomen.
Et cependant, alors que j’ai l’éternité en tête, vitæ summa brevis spem nos vetat inchoare longam. Non quam diu, sed quam bene[17][35][36]
Que ta volonté soit faite, Seigneur.
Le 11e de septembre 1663, Dieu aidant, j’ai mis un terme à mes leçons publiques. De même le 9e de septembre 1664.
J’ai cessé d’enseigner le jeudi 10e de septembre 1665 ; et en l’an 1666, le 7e d’août].

Intermède : un billet de Jeanne Patin

Le verso du billet (page 184) est un mot de la main de son épouse, Jeanne de Janson-Patin : [37][38]

Je vous prie de me faire réponse par le porteur et si votre comodite le permet de feire ote vos livres dé dans nostre chambre afin quelle soit ung peut propre. Je n’ai rien a vous mander de se pays quai je ne sor point et ses fete de demin. Je ne sortirai point encore. Je vous donne le bonsoir, vostre petit patin en fet demesme et la norisse Le plus tos que vostre fis poura venir sesera le meleur tan des qu’il fect beau Je vous besse les meins et suis
Vostre tres affectione fame et amie
Jeanne de Janson
.

[Je vous prie de me faire réponse par le porteur et si votre commodité le permet, de faire ôter vos livres de dedans notre chambre afin qu’elle soit un peu propre. Je n’ai rien à vous mander de ce pays, sinon que je ne sors point, et ces fêtes de demain je ne sortirai point encore. Je vous donne le bonsoir. Votre petit Patin en fait de même, et la nourrice. Le plus tôt que votre fils pourra venir, ce sera le meilleur, tandis qu’il fait beau. Je vous baise les mains et suis
votre très affectueuse femme et amie,
Jeanne de Janson].

On peut supposer que Mme Patin a écrit ce billet depuis Cormeilles [39] à son mari qui devait alors être à Paris en son logis de la place du Chevalier du Guet. [40] La date n’est pas connue mais d’après le recto, semble postérieure au 7 août 1667. On comprend que Jeanne Patin est assez échauffée contre le désordre de son époux ; ce qu’elle lui ferait bien sentir en lui écrivant au dos d’une feuille qu’il avait dû laisser traîner sur sa table de leur maison des champs. Le « petit Patin » alors en nourrice devait être un des fils cadets de Robert [41] (« votre fils »). [18]

Programme (suite)

Le ms Montaiglon contient d’autres feuilles éparses sur ce sujet (pages 161, 163, 145, 141). Nous avons tenté d’y remettre un certain ordre logique, mais leurs contenus se chevauchent et reprennent (en le complétant) ce qui a été écrit plus haut pour les années 1663 à 1666 (page 183 du recueil manuscrit).

Émoluments

Depuis la mise en ligne de notre édition (mars 2015), nos correspondants nous ont très aimablement communiqué trois pièces relatives aux émoluments de la chaire que Guy Patin occupait au Collège de France. [41][69] Ses gages annuels étaient de 600 livres tournois (en 1659), assortis d’augmentations qui croissaient avec l’ancienneté dans la charge (50 livres par semestre en 1658, 250 livres pour l’année 1666).

  1. MmeCaroline Chevallier, bibliothécaire en charge des manuscrits et de la musique à la Bibliothèque universitaire d’Uppasala, nous a communiqué cette quittance autographe de Guy Patin conservée à l’Uppsala universitetsbibliotek, sous la cote Waller Ms fr-07026, provenant de la collection d’autographes du médecin suédois Erik Waller (1875-1955) :

    « Je Guy Patin, conseiller, lecteur et professeur du roi, en anatomie, botanique et pharmacie, et docteur régent en médecine de la Faculté de Paris, confesse avoir reçu de M. Perrault, conseiller du roi et receveur général de ses finances, [42][70] la somme de trois cent cinquante ℔ : savoir trois cents pour mes gages ordinaires, et cinquante pour augmentation, pour la première demi-année de l’an 1658 ; de laquelle somme je me contente, et en quitte ledit Sieur et tous autres.

    Fait à Paris, ce 16e d’octobre 1659. Guy Patin. »

  2. La Staatsbibliothek zu Berlin – Preußischer Kulturbesitz conserve le reçu du second semestre 1658 (cote Slg. Darmst. 3a 1666: Patin Guy; Blatt 1, 1 Seite ; mise au jour par M. Guy Cobolet, directeur de la BIU Santé) :

    « Je Guy Patin, conseiller, lecteur et professeur du roi, en anatomie, pharmacie et botanique, et docteur régent en médecine de la Faculté de Paris, confesse avoir reçu de M. Perrault, conseiller du roi et receveur général de ses finances, la somme de trois cent cinquante ℔ : savoir trois cents pour mes gages ordinaires, et cinquante pour augmentation, pour la seconde demi-année de l’an 1658 ; de laquelle somme je me contente, et en quitte ledit Sieur et tous autres.

    Fait à Paris, ce 21e de novembre 1659. Guy Patin. »

  3. Le Dr Anna V. Stogova, chercheuse à l’Institut d’Histoire mondiale de l’Académie russe des Sciences, nous a fait parvenir la copie d’un acte notarié que conserve la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg (fonds 993, Collection P.K. Souhetlen de pièces autographes, inventaire 2, carton 37, no 1614) :

    « En la présence des notaires soussignés, Mre Guy Patin, docteur régent en la Faculté de médecine et professeur du roi en médecine, demeurant rue et place du Chevalier du Guet, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, a confessé avoir reçu comptant en cette ville de Paris, de Messire Étienne Jehannot, seigneur de Bartillat, [43][71] conseiller du roi en ses Conseils et garde de son Trésor royal, la somme de deux cent cinquante livres en louis d’argent, à lui ordonnée pour ses augmentations de gages en ladite qualité pendant l’année dernière mil six cent soixante-six ; de laquelle somme de deux cent cinquante livres ledit Sieur Patin se tient pour content et en quitte ledit Sieur de Bartillat et tous autres prouvés obligés. Reçu, fait et passé ès études, de l’an mil six cent soixante-sept, le dixième jour de mai, et a signé,

    Guy Patin, […], [44] Moufle, Gigault. » [45]

S’ajoutent à ces trois précieuses contributions, deux autre pièces du ms Montaiglon.

  1. La première est une note manuscrite de Guy Patin (pages 137‑138) intitulée Pour mes gages de professeur du roi, qui est le relevé (de moins en moins détaillé) de ses émoluments pour les années 1657 à 1670

  2. La seconde pièce (page 339) est un imprimé non daté intitulé Mémoire pour les professeurs du Collège royal de France. Contre Maître Pierre Perrault, receveur général des Finances en la généralité de Paris :

    « Par divers arrêts du Conseil, notamment par ceux des 9 février et 6 novembre 1647, il est ordonné que les lecteurs et professeurs ordinaires du roi au Collège royal de France, établi à Paris, seront employés annuellement pour leurs entiers gages, montant à la somme de 15 600 liv. sur l’état des Finances de recette générale de Paris et seront payés des dits gages de quartier en quartier, sans aucun retardement ni retranchement, par préférence à la partie de l’Épargne, et à toutes autres assignations, et nonobstant tous états, arrêts et règlements qui pourraient être faits au dit Conseil ; lesquels n’auront lieu à l’égard des dits professeurs s’ils n’y sont spécialement dénommés.

    Quoique l’avantage accordé auxdits professeurs par lesdits arrêts du 6 novembre 1647 et autres soit véritablement extraordinaire, et marque l’inclination favorable que le roi et son Conseil ont pour les Lettres, néanmoins il leur a été octroyé avec beaucoup de raison et avec grande connaissance de cause. Sa Majesté a considéré la faveur et l’utilité de la fonction des dits professeurs : elle a vu que les gages qu’elle leur donne sont fort médiocres en comparaison de ceux dont jouissent les professeurs des autres princes et républiques ; qu’ils ne tirent rien des particuliers qu’ils enseignent ; qu’ils n’ont ni leur nourriture ni leur logement dans le Collège royal, en quoi ils sont de pire condition que tous les professeurs qui enseignent dans l’Université de Paris ; et qu’ainsi, il est bien utile que ces gages, qui sont toute la récompense de leur travail, et qui leur tiennent lieu d’aliments[55] leur soient payés ponctuellement, sans qu’ils soient obligés à perdre en sollicitations continuelles et en procès le temps qu’ils doivent employer à l’étude et à leurs fonctions, et même ce peu qui leur est nécessaire pour leur subsistance.

    Ces arrêts ont été signifiés à Me P. Perrault, avec sommation de payer les gages des dits professeurs en conséquence d’iceux, par exploit du 5 février 1653 et en continuant, par autre exploit du 27 juin 1657 mis au dos du dit arrêt du 6 novembre 1647, et itératives sommations lui ont été faites de leur payer leursdits gages, les 8, 9 et 10 juin 1661. Mais il a été impossible de rien tirer de lui pour les gages de l’an 1652. Ils n’ont pu avoir les uns que la moitié, les autres qu’un quartier de leursdits gages des années 1655 et 1658, et rien du tout pour l’année 1661 ; le tout sous prétexte de manque de fonds, qui toutefois, lorsqu’il est arrivé, a été remplacé sur les états des années suivantes ; et lequel même ne peut tomber raisonnablement sur lesdits professeurs, attendu leurdit privilège.

    Que si le sieur Perrault a voulu se constituer arbitre de la préférence des assignés, et au préjudice des dits professeurs, à qui elle est donnée par lesdits arrêts du Conseil, payer d’autres personnes à qui elle n’est pas donnée ; c’est en vain qu’il a attribué à manque de fonds ce qui ne procède que de la mauvaise volonté qu’il a pour lesdits professeurs ; et attendu le divertissement des deniers destinés pour lesdits professeurs, qu’il a fait de son autorité contre les termes des dits arrêts (qui étaient les règles qu’il devait suivre pour l’ordre du paiement), il ne peut être déchargé envers eux par le paiement qu’il prétend avoir fait à d’autres, mais leur demeure toujours responsable de leursdits gages.

    Et il ne peut servir de rien au dit sieur Perrault de dire qu’il est en avance de grandes sommes qu’il a payées à l’Épargne suivant les traités qu’il a faits avec Sa Majesté. Car outre qu’en faisant les diligences nécessaires, il lui restera, après son remboursement, la somme de soixante et cinq mille quatre cent-soixante-trois livres, un sol, sept deniers, comme il se justifie par l’état de son compte de ladite année 1655, qu’il a fait arrêter au Conseil le 6 décembre 1660 sans y appeler personne. Quand cela ne serait pas, lesdits professeurs (outre les raisons ci-dessus) soutiennent trois choses : 1. que ledit sieur Perrault a fait des avances au delà de la partie qui devait revenir à l’Épargne, comme il se voit par son compte ; et qu’ainsi il a traité des gages des officiers, ce qu’il n’a pu, ni dû : surtout à l’égard des dits professeurs, dont les arrêts de Préférence lui avaient été dûment signifiés. 2. Que vu ladite préférence à la partie même de l’Épargne, donnée avec juste raison auxdits professeurs, (dont le sieur Perrault ne pouvait prétendre cause d’ignorance), il n’a pu traiter de la partie de l’Épargne, qu’en y comprenant les gages des dits professeurs, et leur réservant leurs fonds ; à quoi, s’il eût allégué lesdits arrêts de préférence et leurs fondements, il n’eût trouvé aucune difficulté de la part du Conseil, vu la modicité et la faveur des dits gages, qui sont à proprement parler les aliments des dits professeurs ; puisqu’ils n’ont aucune autre sorte de profits, ni d’émoluments de leurs charges ; ce qui fait une différence notable entre eux et le reste des officiers. 3. Que ledit sieur Perrault, ayant traité avec le roi sous de grosses remises, ne peut légitimement entrer en concurrence pour ces remises ou intérêts immenses de ses traités (qu’il qualifie du nom d’avances), avec les gages des officiers, principalement de ceux qui ont un privilège aussi favorable que lesdits professeurs.

    C’est pourquoi lesdits professeurs sont à bon droit opposants au compte du dit Perrault de l’année 1655 et demandent avec beaucoup de justice qu’il soit condamné à leur payer ce qui leur reste dû de gages de ladite année, nonobstant tout ce qu’il pourrait alléguer au contraire, qui ne peut être d’aucune considération.

    Il en est de même des années 1658 et 1661, pour lesquelles ledit sieur Perrault n’a aucune raison de refuser le paiement des gages des dits professeurs, non plus que les autres receveurs généraux pour les années de leur exercice. »

Deux leçons royales de Guy Patin

Le Ms BIU Santé no 2007 conserve les copies manuscrites de deux leçons pharmaceutiques que Guy Patin a lues à ses auditeurs du Collège de France. Une même plume anonyme les a transcrites, sans les dater. [56] Elles sont, à ma connaissance, tout ce qui subsiste des 27 années (1655-1672) que Patin a consacrées à son enseignement royal.

Une autre écriture les a introduites en ces termes (fo 384 ro) :

Hi duo de Oppio et Manna tractatus singulares, sunt Guidonis Patini Doctoris Medici, et Regii Professoris ; qui eos scholaribus suis dictavit in Collegio Regio, ut patet ex amica allocutione qua eos ubique compellat.

Stylus etiam quo scripti sunt, prodit eos esse ejusdem Patini ; purus enim est et ab omni ambiguitate alienus, ut solebat ille dum scriberet.

In tractatu de Oppio Joann. Antonid. Wanderlinden, Medicinæ in academia Lugduno Batava Professorem citat, tanquam amicum singularem, qui ei (dum viveret) varias lucubrationes suas inscripsit.

[Ces deux traités particuliers de l’Opium et de la Manne sont de Guy Patin, docteur en médecine et professeur royal ; il les a dictés à ses écoliers dans le Collège royal, comme il ressort partout du discours aimable dont il se sert pour leur adresser la parole.

Le style dans lequel ils sont écrits prouve aussi qu’ils sont du même Patin, car il est pur et dénué de toute ambiguïté, comme il en avait l’habitude quand il écrivait.

Dans le traité sur l’Opium, Patin cite comme un particulier ami Johannes Antonides Vander Linden[75] professeur de médecine en l’Université de Leyde, qui (quand il était en vie) lui a dédié plusieurs fruits de ses veilles].

L’écriture de ces deux manuscrits est compatible avec celle de Huguess ii de Salins : v. note [1], lettre 437, pour le premier de deux échanges qu’il a eus avec Patin afin qu’il lui expédie les cahiers de ses leçons, en vue d’en établir des copies nettes et lisibles. [76] Quant au contenu de ces deux textes, leur stricte conformité au style de Patin et aux idées qu’il a défendues dans ses lettres procure un autre gage de leur authenticité. Ils sont transcrits, traduits et commentés dans deux annexes de notre édition :

  1. De Laudano et Opio Caput singulare [Unique chapitre sur le Laudanum et l’Opium] ;
  2. De Manna [De la Manne].

V. note [9], lettre latine 109, pour des notes de Guy Patin sur la saignée chez les enfants et les vieillards, conservées par la Bibliothèque du Collège de France.



Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Leçons au Collège de France

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(Consulté le 18/04/2024)

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