L. 601.  >
À André Falconet, le 9 avril 1660

Monsieur, [a][1]

Puisque vous ne voulez pas que monsieur votre fils [2] aille à Lyon ces vacances, j’en suis très content. Il ira manger de nos belles cerises et des mûres à Cormeilles. [3] Ensuite, il reviendra ici pour apprendre les Compendia Riolani patris, et Encheiridium Riolani filii[1][4][5] Après cela, l’hiver viendra, nos actes publics et les dissertations fréquentes l’occuperont, vous savez que ce sont les fondements de la profession. Ensuite, il étudiera la Pathologie et la Méthode générale de Fernel, [6] avec les Aphorismes d’Hippocrate [7] et les commentaires d’Houllier. [8] Je lui ferai écrire dans une main de papier de bonnes choses et de bonne pratique. Je le mènerai aussi voir quelques malades, où il apprendra le modus agendi[2] Tout cela pourra être fait en 13 ou 14 mois et après, il pourra s’en retourner à Lyon pour vous voir et vous rendre compte de ses études. Sur quoi vous trouverez bon que je vous demande si vous avez dessein de le faire passer docteur à Montpellier [9] car, en ce cas-là, il faudrait qu’il y demeurât environ 15 mois, qui est bien du temps en une ville où il y a bien de la débauche, et je craindrais fort cela pour lui, qui est encore extrêmement, comme l’a dit Horace, [10]

Cereus in vitium flecti, monitoribus asper.
Utilium tardus provisor, prodigus æris,
Sublimis cupidusque, et amata relinquere pernix
[3]

Et je sais bien qu’en ce lieu-là les jeunes gens n’y apprennent guère et y font bien de la dépense, même par émulation. Le jeune de Rhodes [11] m’a dit qu’il a pris ses degrés à Avignon ; [12] car si vous n’êtes pas déterminé pour Montpellier, je le ferais passer aisément à Angers, [13] et delà il s’en irait à Lyon où, s’étant un peu rafraîchi auprès de vous, vous le feriez agréger à votre Collège ; [14] et puis, ayant ainsi sa place retenue, vous le feriez étudier auprès de vous et le mèneriez voir des malades. J’ai grand peur qu’il ne se débauche à Montpellier, in flexu illo ætatis admodum lubrico, et in urbe incontinentissima). [4] Je l’enverrais par la Loire [15] à Nantes [16] où il verrait la Bretagne, et delà à La Rochelle et à Bordeaux, puis il s’en ira par la Garonne à Toulouse, et delà en Provence où il verra la mer Méditerranée ; de Marseille, il reviendrait à Lyon. Vous me pourrez dire que voilà un grand voyage pour un jeune homme qui n’est peut-être pas assez sage. [5]

M. Du Tillet [17] est aux champs. Dès qu’il sera de retour, M. de Rhodes et M. Riquier [18] l’iront saluer et lui présenter la lettre de M. Michel, [19] auquel je vous prie de présenter mes très humbles baisemains. Si M. Du Tillet est revenu dimanche prochain, je parlerai de votre affaire à M. le premier président[20] Je me souviens bien de M. Rousselet [21] et de M. Savaron, [22] ils ont tous deux passé par mes mains, c’est-à-dire que je les ai traités bien malades ; pour le troisième, je ne me souviens que de son nom. Ce sont de bons compagnons : Inberbus iuvenis custode remoto, gaudet equis et aprici gramine Campi, etc[6] Vogue la galère, le bon temps n’est que pour ceux qui le peuvent prendre ou attraper.

À la table du festin où j’étais la veille de Pâques fleuries, à la réception de nos dix bacheliers, [23] j’avais vis-à-vis de moi MM. Charpentier, [24] Le Conte, [25] Piètre, [26] Préaux, [27] et Rainssant. [28] Ce n’était point là une mauvaise perspective ; et j’avais à mes deux côtés, Petit, [29] Puilon, [30] Courtois, [31] Matthieu, [32] Moreau, [33] Mentel [34] et Mersenne. [35] Il y en a huit entre ceux-là qui sont incomparables. M. Talon [36] nous fait espérer de jour à autre son plaidoyer. [37] Dès que nous l’aurons, on l’imprimera en toute diligence. Je crois que cela sera beau, vous en aurez tant de copies qu’il vous plaira. [7] Ces Messieurs les barbiers [38] grondent comme des chiens qui ont été battus, mais ils ne peuvent mordre. Tout le monde se moque ici d’eux. M. le premier président m’a dit que tous les juges furent contre eux et contre leur audace, excepté un, Fortassis memor aliquando accepti alicuius beneficii ab illa gente[8] Tous les auditeurs étaient contre eux et avaient pitié de M. Pucelle [39] leur avocat, lequel prostituait misérablement son éloquence pour une si méchante cause. Je les drape quelquefois en mes leçons [40] et les propose à mes auditeurs aussi ridicules que les apothicaires. [41] Je ne sais qui sont les meilleurs, mais je sais bien qu’ils sont tous fort glorieux et fort ignorants.

Je vous remercie de la recherche que vous avez faite pour Augustin Budé de Bagnols [42] (c’est M. de La Vigne, [43] notre compagnon et fils d’un grand personnage, [44] qui m’en avait prié). Je baise les mains à votre M. de Bagneaux. Je le vois d’ici, est–il toujours aussi propre qu’il était ? Je pense qu’il a fait autrefois de bons tours à M. Charles Guillemeau, [45] et crois même qu’il était et plus fin et plus sage. M. Guillemeau était un homme altier, glorieux et colère, mais M. de Bagneaux ne faisait point de bruit, et c’est ainsi que sont les sages. [9] Je baise pareillement les mains à M. de Lanchenu [46] et à notre bon et féal ami M. Spon, comme aussi à Mlle Falconet.

On dit ici que le roi [47] s’en va avoir Avignon [48] par un échange de deux places qu’il a fait avec le roi d’Espagne, [49] qui en doit récompenser le pape, [50] mais je ne le crois pas. [10] Pensez-vous que le duc de Savoie [51] fasse assiéger Genève ? [52] Si cela n’arrive point, les pauvres huguenots [53] l’échapperont belle. Quelques-uns disent que le cardinal Mazarin [54] ne reviendra point à Paris qu’il n’ait fait un voyage à Rome. Je voudrais qu’il y fût pape [55] et que nous eussions de deçà son argent. L’on dit que l’hiver prochain l’on va réformer la chicane des procès et que cela ira fort contre le Parlement même ; il le mérite bien car il est plein d’abus. Nos chirurgiens, [56] qui ne sont que des chiens grondants, nous menacent qu’ils feront casser notre arrêt de la Cour par un arrêt d’en haut. [57] Je crois qu’ils n’auront pas plus de crédit en haut qu’en bas. Hier, une charge de maître des requêtes fut vendue 350 000 livres : voilà bien de l’argent pour du vent et de la fumée. On menace ici de réformation la Chambre des comptes et les trésoriers de France. [58]

Les Anglais qui sont ici attendent de jour à autre des nouvelles de quelque changement en leur pays. Nondum tamen video regem istum Bruxellis agentem tam cito, nec tam facile in solium avitum restitui posse : Stultus qui occiso patre sinit vivere liberos[11][59] Cromwell [60] n’en sait que trop la maxime, mais on lui en apprendra quelque autre si on peut car il est bien fin et bien fourbe. L’Angleterre est fort divisée : plusieurs religions et divers intérêts y forment et fomentent plusieurs partis qui ne s’accorderont pas aisément à reprendre un roi [61] au père [62] duquel ils ont tranché la tête ; et néanmoins je ne doute point qu’il n’y ait negotium perambulans in tenebris ; [12][63] que le pape, le général des jésuites [64] et le roi d’Espagne ne cherchent à y parvenir par quelque ruse digne d’eux, qui sont maîtres passefins en diablerie politique. Politica est ars non tam regendi, quam fallendi homines[13][65] Souvenez-vous de la conspiration des poudres en 1605, proditio pulveriara[14][66] la fougade d’Angleterre, < et > du Demetrius Moscoviticus [67] de l’an 1606 : [15] ce sont opera manuum et consiliorum eiusmodi nebulorum politicorum[16][68] S’il n’arrive quelque chose de pareil, toujours est-il à craindre ou à soupçonner ; mais je ne puis encore me persuader que le roi d’Angleterre soit si tôt ni si facilement remis sur le trône de son père.

Ce matin est mort un nommé M. Picard, [69] trésorier des Parties casuelles, [70] fils du Picard, le cordonnier, à qui le marquis d’Ancre [71] fit donner des coups de bâton l’an 1617. Celui-ci était un fameux partisan à qui Guénault [72] a donné quatre fois de l’antimoine [73] in apoplexia[17][74] N’est-ce pas bien débuter, in vasorum interceptione[18] d’y donner des émétiques et purgatifs ? [75] Sic pereant omnes fures publici, impostores, publicani et alia carcinomata generis humani[19]

< Ce 7e d’avril. > Je vis hier à ma leçon M. de Rhodes [76] qui me rendit votre lettre. M. de Serres [77] son collègue était avec lui. Je parlai encore à eux après ma leçon. M. de Serres me témoigna beaucoup de satisfaction d’y avoir assisté, me demanda quand j’en ferai d’autres et me dit qu’il n’en voulait perdre aucune tandis qu’il serait à Paris. M. de Rhodes qui a bien meilleure mine et est plus grand seigneur, plus beau, plus relevé, plus savant, au moins qui le pense bien être, ne fait pas de tels compliments ; aussi n’en ai-je pas besoin. [78]

Non equidem hoc studeo, pullatis ut mihi nugis
Pagina turgescat dare pondus idonea fumo
[20]

Pourvu que mes pauvres écoliers en profitent et que je leur puisse décharlataner la médecine, [21] je serai content. M. de Rhodes va par un autre chemin que moi, aussi ne m’étonné-je point si nous ne nous rencontrons pas de même avis. Il est dans la polypharmacie [79] quæ propria est modo empiricorum, inquit Gal. 2o Meth[22][80][81] Le grand chancelier d’Angleterre Francis Bacon de Verulam [82] a dit fort à propos, que multitudo remediorum est filia ignorantiæ ; [23] aussi avait-il plus d’esprit que tous les empiriques. Le duc d’Albe [83] disait qu’une tête de saumon valait plus que cent têtes de grenouilles ; [24] ainsi Galien vaut mieux que dix mille charlatans [84] et paracelsistes, [85] souffleurs, chimistes, [86] arabistes, [87] semi-dogmatiques, [88] et autres pestes de notre métier. M. de Rhodes le fils verra quelque jour si tant de remèdes, tant de sortes de poudres et d’eaux guérissent une maladie, une fièvre continue, [89] une dysenterie, [90] etc. Il faut bien autre chose que du vin d’absinthe [91] pour guérir l’hydropisie, [92] etc. Mais il dit qu’il s’en retournera bientôt à Lyon, vous verrez les miracles qu’il y fera ; peut-être qu’il a une science infuse et inspirée que le Saint-Esprit veut nous être cachée. Multi ad sapientiam pervenire potuissent, nisi se iam pervenisse putassent ; [25][93] Dieu soit loué de tout, qui bien fera, bien trouvera. Je dis tous les jours du bien de M. Piètre [94] qui m’a appris de bonnes choses, et serio de tanto præceptorie glorior ac eius manibus bene precor[26]

< Ce 8e d’avril. > Je vous prie de faire mes recommandations à M. Le Roy, le marchand, [95] j’ai autrefois été le médecin de ses père et mère, bonnes gens et du vieux temps, reliquiæ aurei sæculi[27] Noël Falconet [96] est guéri, il est allé en classe. Un de ces jours de fête ou dimanches, je le purgerai. J’aurai soin de sa santé, tant du corps que de l’âme, et je ferai ce que je pourrai pour en venir à bout. Obligez-moi de me mander ce que c’est qu’un livre latin d’arithmétique nouvellement imprimé chez M. Barbier, d’un certain jésuite nommé le P. Léotaud, [97] et même de m’en acheter un. [28]

La paix est faite entre le roi de Danemark [98] et les Suédois, mais elle n’est pas encore ratifiée ; [29] la paix entre les Polonais et les Suédois est bien avancée. [30][99] Quatre prélats, dont M. l’archevêque de Lyon [100] est le premier, ont le brevet d’être commandeurs du Saint-Esprit [101] en la création de l’an prochain. Les autres sont MM. d’Embrun, [102][103] de Castres [104][105] et du Mans. [31][106] Le jeune M. de Rhodes était encore hier à ma leçon, laquelle fut fort bonne. Il m’y proposa lui-même an in gonorrhœa virulenta, quomodo et quando competat veniæ sectio ? [32][107] Il s’y rencontra plusieurs médecins étrangers et de diverses villes qui sont ici pour des affaires qu’ils ont au Conseil. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce vendredi 9e d’avril 1660.


1.

Noël Falconet, fils d’André, allait disputer en août sa maîtrise ès arts. Guy Patin, son mentor parisien, l’initiait déjà avec ardeur aux études de médecine qui allaient suivre. V. notes  :

  • [9], lettre 22, pour les « Abrégés de toute la médecine » de Jean i Riolan, le père (Paris, 1598) ;

  • [37], lettre 514, pour le « Manuel [anatomique et pathologique] » de Jean ii Riolan, le fils (réédition de Paris, 1658).

2.

« la manière de faire. ».

3.

« une cire molle bonne à être façonnée au vice, rebelle aux avertissements, insouciant des choses utiles, prodigue d’argent, étourdi et passionné, et prompt à délaisser ce qu’il a aimé » (Horace, Art poétique, v. note [4], lettre 177).

Noël Falconet allait de fait s’inscrire à l’Université de médecine de Montpellier pour y obtenir son baccalauréat le 2 décembre 1662, sa licence le 15 mai 1663 et son doctorat le 18 juin de la même année (Dulieu) : soit mettre moins de sept mois à accomplir ce qui lui aurait pris plus de deux ans à Paris.

4.

« en ce tournant tout à fait glissant de l’âge, et dans une ville qui n’a aucune retenue. »

5.

Guy Patin, qui ne chemina guère en sa vie, avait beau jeu de proposer à Noël Falconet un complet tour de France pour achever ses études médicales (auxquelles il ne fit que se préparer à Paris deux années durant, 1660-1662), en évitant Montpellier ; mais le mentor ne fut pas écouté. Tout ce premier paragraphe anticipe sur des questions qui n’allaient se poser qu’à l’automne 1660, après la maîtrise ès arts de Noël Falconet. Il est possible que les premiers éditeurs de Guy Patin aient ici, comme souvent, soudé deux lettres de dates différentes (automne et printemps 1660).

6.

« Enfin libéré de son précepteur, l’imberbe adolescent aime les chevaux et la piste ensoleillée du Champ de Mars, etc. » : vers d’Horace qui précédent la citation reprise dans la note [3] supra.

V. note [9], lettre 426, pour « Vogue la galère ». Le jeune Lyonnais dénommé Savaron apparaît aussi dans la lettre à André Falconet du 7 mai 1660 ; v. note [10], lettre 717, pour ses possibles attaches familiales.

7.

Au début de la lettre à André Falconet, datée du 23 mars 1660, Guy Patin a déjà évoqué le banquet du baccalauréat, qui avait eu lieu le samedi 20 mars, veille des Rameaux. V. note [8], lettre 593, pour la publication du plaidoyer de Denis Talon défendant la Faculté de médecine de Paris contre les chirurgiens.

8.

« qui peut-être se souvenait de quelque faveur qu’il avait un jour acceptée de cette corporation » (en remplaçant accepi par accepti).

9.

Retour de Guy Patin sur un personnage non identifié et une affaire non élucidée : v. note [9], lettre 598.

10.

Avignon (aujourd’hui préfecture du Vaucluse) était une enclave de Rome en Provence. Les papes s’y étaient installés à partir de 1309 (Clément v puis Jean xxii, v. note [44] du Faux Patiniana II‑7). Jeanne ire, reine de Naples et comtesse de Provence, avait vendu Avignon au pape Clément vi en 1348. Après le Grand Schisme d’Occident (1378-1417, v. note [67] du Faux Patiniana II‑5), deux antipapes (Clément vii et Benoît xiii) avaient continué d’y résider jusqu’en 1423, puis Avignon demeura un État pontifical, voisin mais distinct du Comtat-Venaissin, son terroir.

Siège d’une université fondée en 1303 (avec école de médecine) et d’un archevêché établi en 1475, l’État d’Avignon était placé sous l’autorité d’un vice-légat représentant le pape, avec la bienveillance de la Couronne de France. De 1650 à 1670, Avignon fut agité de vives querelles intestines opposant les détenteurs du pouvoir local (pessugaux ou pressureurs) au parti populaire (pévoulins ou pouilleux), mettant en péril la double appartenance d’Avignon (Claves et Lillia, les clefs [de Rome] et les lys [de France]). La visite de Louis xiv (du 19 mars au 1er avril 1660) fit pencher l’opinion vers les lys et prépara l’annexion éphémère d’Avignon à la France (v. note [9], lettre 735). Le rattachement définitif d’Avignon à la France fut établi en 1797 par le traité de Tolentino.

11.

« Pourtant je ne vois pas encore ce roi [Charles ii] quitter Bruxelles si vite ni si facilement, et pouvoir être rétabli sur le trône de ses ancêtres : “ Est insensé celui qui, ayant tué le père, permet à ses enfants de vivre ” [Aristote, v. note [29], lettre 86] ».

L’allusion à Cromwell, qui suit, visait Richard, fils d’Oliver et Lord Protector destitué.

12.

« une négociation qui chemine dans l’ombre » (Psaumes, v. note [5], lettre 174).

13.

« La politique est l’art non tant de diriger que de tromper les hommes » (v. note [38], lettre 99).

14.

V. note [6], lettre 643, pour la conspiration des poudres, mise par Guy Patin sur le dos des jésuites.

fougade (ou foucade) : « petit fourneau fait en forme de puits, large de huit à dix pieds et profond de dix à douze, qu’on prépare sous un ouvrage qu’on veut faire sauter, qu’on charge de barils ou sacs de poudre et qu’on recouvre de terre ; on le fait jouer comme une mine par le moyen d’une saucisse [mèche lente] » (Furetière). Patin employait ici le mot dans son sens moderne de mouvement impétueux et désordonné.

15.

« Dimitri le Moscovite », ou le premier faux Dimitri, parut en Pologne vers 1603, au moment où le règne du tsar Boris Godounov (1598-1605) mécontentait la Russie. Cet imposteur était un moine qui prétendait être le tsarévitch Dimitri, assassiné en 1591, fils d’Ivan iv le Terrible (premier tsar de Russie, de 1547 à 1584). Gregori Mniszek, son vrai nom, s’introduisit auprès du roi de Pologne Sigismond iii (v. notule {f}, note [31], lettre 211) grâce à l’aide du jésuite Claudio Rangoni, nonce du pape à Varsovie. Déclarant qu’il voulait convertir la Russie orthodoxe au catholicisme, le faux Dimitri constitua une armée avec l’aide des Polonais et se mit en marche vers Moscou, où il pénétra après la mort de Boris Godounov pour se faire couronner tsar en juillet 1605. Son imposture reconnue par les Russes et par les Polonais, Dimitri périt assassiné en mai 1606. Un second faux Dimitri parut en 1608, assassiné en 1610.

16.

« les effets des actes que commettent et des conseils que donnent les vauriens politiques de cette sorte » : Guy Patin visait, une fois de plus, les immixtions des jésuites dans les affaires politiques, notamment contre la Couronne de France, qu’ils jugeaient trop favorable aux intérêts de la Réforme.

17.

« dans une apoplexie. »

Ce Picard figure dans le Catalogue des partisans (page 6) :

« Picard, fils d’un cordonnier, qui depuis a été trésorier des Parties casuelles, a été intéressé avec lesdits Catelan, Demons, Galland, Le Camus et autres, en tous les traités ci-dessus, outre plusieurs qu’il a faits ; il demeure au Marais, rue du Grand Chantier près les Enfants-Rouges et prend le titre de marquis de d’Ampiere, {a} dont il a fait acquisition, outre plusieurs autres biens qu’il possède. »


  1. Sic, sans doute pour Dampierre.

Le cordonnier Picard, père du financier, montant la garde, avait montré peu de respect pour Concini, le maréchal et marquis d’Ancre (v. note [8], lettre 89). Ses gens tirèrent une brutale vengeance de l’affront ; ce fut le départ d’une émeute populaire où apparut en plein la haine de la population pour le favori de la reine mère, Marie de Médicis ; le Parlement fit arrêter et pendre les laquais de Concini (Adam, tome i, page 1067).

18.

« dans une obstruction des vaisseaux ».

19.

« Qu’ainsi périssent donc tous les voleurs publics, imposteurs, publicains et autres chancres du genre humain. » Ici s’achève ce que les précédents éditeurs considéraient comme la première des deux lettres que j’ai soudées.

20.

« Je ne désire certes pas que ma page s’engorge de sinistres balivernes et ne soit bonne qu’à épaissir la fumée [à être jetée au feu] » (Perse, Satire v, vers 19‑20).

21.

Heureuse expression de Guy Patin, on ne trouve dans les dictionnaires que le verbe charlataner.

22.

« qui est propre à la manière des empiriques, dit Galien dans le deuxième livre de sa Méthode. »

J’ai pris sur moi de restaurer un latin dénué de sens dans les deux éditions précédentes :

  • quæ propria est 4. modo, Empiricorum, inquit… dans Bulderen ;

  • quæ propria est de domo, empiricorum, inquit… dans Reveillé-Parise.

Le livre ii du traité De Methodo medendi [La Méthode de remédier] contient un long passage sur les empiriques (à propos de l’unicité du genre et de la multiplicité des espèces), mais sans condamnation explicite de leur polypharmacie (mot qui ne figure pas dans le copieux index du Galien de Kühn).

V. notes :

  • [3], lettre 710, pour un autre passage de Galien sur la polypharmacie (qu’il pratiquait, notamment en recommandant la thériaque) et la méthode empirique (qu’il blâmait), contrairement à Guy Patin qui les exécrait toutes deux ;

  • [6], lettre 28, pour la distinction entre empiriques et dogmatiques dans le traité de Galien sur les sectes.

23.

Francis Bacon (Historia vitæ et mortis [Histoire de la vie et de la mort] (v. note [50] de la Leçon de Guy Patin sur le laudanum et l’opium), page 146, § 45 :

Varietas enim Medicamentorum, ignorantiæ Filia est ; neque Multa Fercula (quod ajunt) tam multos morbos fecere, quam multa Medicamenta paucas Curas.

[La diversité des médicaments est en effet la fille de l’ignorance ; {a} et la multiplicité des mets (comme on les appelle) ne peut produire tant de maladies, quand la multiplicité des remèdes produit si peu de guérisons].


  1. V. note [5], lettre 90, pour un recensement des citations de cette sentence par Guy Patin.

24.

Les chroniques attribuent ordinairement ce propos au roi d’Espagne, Philippe ii (v. note [13], lettre 152), plutôt qu’à Ferdinand Alvarez de Tolède (1507-1582), duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas (1563-1573). Le souverain l’aurait tenu après l’exécution, sur son ordre, des Flamands Lemoral, comte d’Egmont, et Philippe de Montmorency-Nivelle, comte de Horne, décapités à Bruxelles le 5 juin 1568 pour avoir mené la révolte des Gueux qui voulaient la liberté de conscience pour les calvinistes et l’indépendance des Pays-Bas.

J’en ai aussi lu cette version dans le Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en paix un royaume, ou autre principauté. Divisés en trois parties, à savoir : du Conseil, de la Religion, et de la Police que doit tenir un Prince. Contre Nicolas Machiavel, Florentin… (sans lieu ni nom, 1579, in‑8o) d’Innocent Gentillet, {a} Les machiavélistes de France n’ont toujours bien suivi leur maître, page 780 :

« Mais je dirai ceci en passant, que nos machiavélistes de France, qui furent auteurs et entrepreneurs des massacres de la Saint-Barthélemy, n’avaient pas bien lu ce passage de Machiavel que nous venons d’alléguer ; {b} car ils disaient qu’il ne se fallait point amuser à pêcher des grenouilles, mais fallait attraper aux filets les gros saumons, et qu’une tête de saumon vaut plus que dix mille grenouilles ; et quand on aurait tué les chefs des prétendus rebelles, qu’on viendrait facilement à bout de la fretaille, {c} qui ne saurait rien entreprendre sans chefs. Ils devaient considérer, ces vénérables entrepreneurs, ce que dit ici leur docteur Machiavel (et qu’ils ont vu depuis par expérience) qu’un peuple ne peut manquer de chefs, qui lui renaissent toujours à foison, en la place de ceux qu’on tue. S’ils eussent bien noté ce passage de Machiavel, comme ils font les autres, tant de sang ne fût pas répandu, et leur tyrannie eût (peut-être) plus duré qu’elle ne fera. Car la grande effusion de sang qu’ils ont faite a crié incontinent vengeance à Dieu, lequel (selon sa justice coutumière) a exaucé la voix du sang, le cri du pupille et de la veuve, a mis la cognée au pied de la tyrannie et déjà abattu plusieurs branches d’icelle, et ne tardera pas (s’il lui plaît) à la mettre du tout par terre, et rétablir la France en son ancien gouvernement. »


  1. Avocat français huguenot mort à Genève en 1588, où il s’était réfugié après la Saint-Barthélemy (24 août 1572, v. note [30], lettre 211).

  2. « […] Je dirai seulement ceci, que l’expérience nous a faits sages, que l’invention de ces citadelles (que les princes ont bâties de notre temps, contre leurs sujets) a été cause de maux infinis : car le commerce en a été et est beaucoup diminué ès [dans les] villes où elles ont été bâties, et y ont été et sont commises infinies insolences par les soldats contre les citadins, et n’en est revenu ni reviendra aux princes qui les ont fait bâtir que dépense et malveillance de leurs sujets ; car cette construction de citadelles est un indice que le prince ne se fie pas de [à] ses sujets, même [surtout] quand elles sont construites ailleurs qu’en lieu limitrophe contre l’étranger. Quand les sujets connaissent que leur prince se défie d’eux, ils estiment qu’il ne les aime point aussi ; et quand le sujet n’est point aimé de son prince, il ne saurait aussi l’aimer ; et ne l’aimant point, il ne lui obéit qu’à regret, et comme par contrainte ; et enfin, secoue le joug quand les occasions se présentent. Voilà le profit des citadelles. »

  3. Menu fretin.

25.

« Beaucoup d’hommes auraient pu parvenir à la sagesse s’ils ne s’étaient flattés d’y être déjà parvenus » (Sénèque le Jeune, La Tranquillité de l’âme, chapitre 1, § 17).

26.

« je me glorifie hautement d’avoir eu un si grand précepteur et prie bien pour le repos de son âme. » V. note [5], lettre 15, pour Nicolas Piètre, mort en 1649.

27.

« des survivants de l’âge d’or » (v. note [10], lettre 254).

28.

Institutionum Arithmeticarum libri quatuor. In quibus omnia, quæ ad numeros simplices, fractos, radicales ac proportionales pertinent Præcepta, clarissimis demonstrationibus, tum Arithmeticis, tum Geometricis, illustrata traduntur. Authore Vincentio Leotaudo Delphinate Valloysiano Societatis Iesu.

[Quatre livres d’Institutions arithmétiques, où Vincentius Leotaudus, {a} jésuite originaire de Vallouise en Dauphiné, met en lumière et explique tout ce qui concerne les nombres entiers, fractionnaires, radicaux et proportionnels, à l’aide de très claires démonstrations, tant arithmétiques que géométriques]. {b}


  1. Vallouise (aujourd’hui Vallouise-Pelvoux dans les Hautes-Alpes) était une petite ville du Briançonnais.

    Vincent Léotaud (1595-1672) a principalement consacré sa vie à l’enseignement dans les collèges dauphinois de sa Compagnie. Il s’est aussi intéressé à l’astronomie et à l’architecture, notamment pour la construction du collège d’Embrun, en Dauphiné (v. note [42], lettre 229). Aristide Albert lui a consacré un chapitre de sa Biographie-Bibliographie du Briançonnais, vallée du Queyras, canton d’Aiguilles (Gap, Jouglard père et fils, 1889, in‑8o, pages 36‑43).

  2. Lyon, Guillaume Barbier, 1660, in‑4o de 698 pages.

Ce sujet de livre peut surprendre dans la bibliothèque de Guy Patin, mais il en a réclamé avec insistance la feuille qui allait manqer dans l’exemplaire qu’il en a acquis.

29.

Le traité de Copenhague, qui mettait fin à la guerre du Nord, ne fut signé que le 5 juin. Ce conflit désastreux avait épuisé le Danemark malgré sa victoire finale. Après la conclusion de la paix, le roi Frédéric iii convoqua les états à Copenhague pour aviser aux moyens de rétablir la prospérité et les finances du pays. La bourgeoisie et le clergé, irrités contre la noblesse, parce qu’elle avait refusé de contribuer aux besoins publics, résolurent de lui enlever les principaux privilèges dont elle avait joui. En conséquence, ils déclarèrent la couronne héréditaire et donnèrent au roi une autorité absolue (1661). Les nobles, après quelques velléités de résistance, se virent contraints de se soumettre aux nouvelles règles : ils furent frappés d’impôts, les domaines qu’ils avaient usurpés leur furent repris et l’état des finances se trouva promptement amélioré. Le secrétaire intime de Frédéric iii, Schumacher, exposa, sous le titre de Lex regia, le système de la monarchie absolue tel qu’il devait être désormais pratiqué au Danemark et ce document fut contresigné par le roi en 1665.

30.

Enfin permise par la mort du roi de Suède, Charles x Gustave, la paix allait être signée avec l’aide de Mazarin, entre la Suède d’une part, et la Pologne, l’Autriche et le Brandebourg, d’autre part. Ce fut la paix d’Oliva, petite ville de Prusse, proche de Dantzig, au bord de la mer Baltique, le 3 mai 1660. Mettant fin à une guerre de 61 ans entre la Suède et la Pologne, elle confirmait, entre autres, la possession de la Livonie (États baltes d’aujourd’hui) par la Suède. Le Brandebourg obtenait la complète souveraineté sur la Prusse, jusque-là vassale de la Pologne.

31.

V. notes :

  • [25], lettre 308, pour Camille de Neufville, abbé d’Aisnay, archevêque de Lyon ;

  • [42], lettre 229, pour Georges d’Aubusson de La Feuillade, archevêque d’Embrun ;

  • [1], lettre 431, pour Charles d’Anglure, évêque de Castres ;

  • [2], lettre 381, pour Philippe-Emmanuel Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans.

32.

« [de traiter la question :] comment et quand la saignée conviendrait-elle dans la gonorrhée virulente [chaude-pisse] ? »

a.

Bulderen, nos clxx (tome ii, pages 10‑15 à André Falconet) et clxxi (tome ii, pages 15‑18, à Charles Spon), toutes deux datées du 9 avril 1660 ; Reveillé-Parise, nos dv (tome iii, pages 184‑188) et dvi (tome iii, pages 188‑190) toutes deux à Falconet. Un nombre suffisant d’indices permet de supposer que ces deux lettres des précédentes éditions n’en font qu’une, envoyée à Falconet.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 9 avril 1660.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0601
(Consulté le 28.09.2022)

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