Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑1 (1701)

Note [6]

Une trace très précise de ce litige se trouve dans la Lettre du sieur de St Clément à Monsieur D’Hozier, gentilhomme de la Chambre du roi, chevalier de l’Ordre de Sa Majesté, et juge général des Armoiries de France. Sur les Prédications faites à Grenoble par le sieur de Gaffarel (sans lieu ni nom, datée du 4 janvier 1642, in‑4o de 26 pages). Adressée à Pierre d’Hozier (v. note [13], lettre 655), c’est une ardente défense des sermons de Jacques Gaffarel (v. note [1], lettre 707) contre les attaques d’un chanoine de la collégiale Saint-André de Grenoble, jaloux du succès qu’y connaissaient les éloquentes et pieuses prédications de son rival dans cette ville « mi-partie », c’est-à-dire mi-catholique et mi-réformée, en faveur de la réconciliation des deux religions. Le chanoine en était venu à de sournoises attaques, qui le perdirent (pages 14‑16) :

« Pourrait-on croire qu’un ecclésiastique tel que ce chanoine eût eu assez de mauvais naturel de tirer, comme les araignées, du venin des plus belles roses ? Eût-on pu concevoir que celui que sa profession obligeait à pratiquer avec quelque perfection les vertus chrétiennes eût eu de la malice en un si haut point ? Étonnez-vous de ce que je vais vous en dire. Afin que ce bruit qu’il faisait sourdement courir fût fondé sur quelque chose qu’il pût prendre pour son garant, quand on trouverait étrange qu’il s’abandonnât à tels discours, il contrefit une lettre, dont il fit envoyer plusieurs copies en divers endroits, sous le nom d’un conseiller de ce parlement, à un sien confrère de Paris, portant que ce prédicateur avait prêché la doctrine des hérétiques sur le fait de l’Eucharistie, des indulgences, invocation des saints, culte des images et célibat des prêtres ; de sorte que cette lettre courant, il disait à ceux auxquels il parlait désavantageusement de M. Gaffarel, qu’il n’en parlait qu’après la voix publique, et après des lettres imprimées, ayant donné ordre (comme on a su) que cette lettre fût imprimée à Genève ; {a} dans laquelle (pour plus aisément le ruiner) il inséra malicieusement le nom de Monseigneur le cardinal-duc, {b} disant faussement et contre la vérité qu’en prêchant, il s’était avoué de son Éminence, et qu’il était son missionnaire. Et parce que ce chanoine craignait qu’on ne lui dît avec raison qu’il avait lui-même composé cette lettre et qu’il l’avait fait imprimer, il s’avisa de deux finesses : la première, d’y mettre que M. Gaffarel était jésuite, afin que, quand on lui voudrait objecter qu’il en était l’auteur, il pût le nier en disant que s’il l’eût faite, il n’y eût pas qualifié Gaffarel jésuite, sachant bien qu’il ne l’était pas ; et la seconde, d’y exprimer que M. de Grenoble {c} était en ces prédications, afin qu’il pût dire pareillement que ce n’était pas lui qui l’avait écrite, puisqu’il savait bien que ce prélat, pour lors, était à cent cinquante lieues de Grenoble, en l’assemblée du Clergé qui se tenait à Mantes. »


  1. Sous le titre de Lettre d’un gentilhomme Dauphinois écrite à un sien ami touchant une prédication faite dans la ville de Grenoble (1641).

  2. Richelieu.

  3. Pierre Scarron, évêque de Grenoble de 1620 à 1668.

La lettre de Saint-Clément est suivie de deux pièces, au complet avantage de Gaffarel, contrairement à ce que prétendait ici le Patiniana.

Cet article du Patiniana figure dans le manuscrit de Vienne (pages 4‑5), mais il me semble impossible de décider s’il appartient à Gabriel Naudé ou à Guy Patin.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑1 (1701), note 6.

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(Consulté le 28/04/2024)

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