À Charles Spon, le 16 janvier 1652
Note [15]

Résoût pour résous (résolu).

Le 11 janvier, le Parlement s’était réuni en présence du duc d’Orléans pour délibérer sur la vente de la bibliothèque de Mazarin (v. infra note [22]), quand (Journal de la Fronde, volume ii, fo 6 ro et vo, 12 janvier 1652) :

« un capitaine du régiment de Languedoc entra dans l’assemblée et dit qu’ayant été commandé pour garder le passage de Pont-sur-Yonne, {a} il s’y était jeté dedans avec 50 soldats et avait fait rompre le pont ; que des troupes du maréchal d’Hocquincourt s’y étant présentées avec un ordre du roi pour y passer, il leur avait répondu qu’il avait tous les respects du monde pour Sa Majesté, mais que le cardinal Mazarin étant avec elles et cet ordre étant contre la déclaration de Sa Majesté, il ne les pouvait pas laisser passer ; que sur cela, ces troupes ayant assiégé cette bicoque, {b} il s’y était défendu 24 heures jusqu’à ce que, n’ayant plus ni poudre, ni plomb et les habitants étant contre lui à cause qu’il ne pouvait pas faire vivre ses soldats avec toute la discipline qu’il eût souhaité, il fut obligé de se rendre avant-hier à composition, par laquelle il lui fut permis de sortir avec ses soldats, vie sauve, et de venir trouver Son Altesse Royale ; que pour cet effet, on lui donna un passeport et qu’étant sur le point de partir, il apprit le 9 au matin que ce maréchal ayant envoyé quelques cavaliers à la découverte, {c} ceux-ci avaient rencontré, proche de Sens, MM. de Chizey-Bitault {d} et du Coudray de Géniers, commissaires du Parlement qui, suivant l’arrêt, étaient allés faire rompre les ponts et soulever les communes pour empêcher le passage de ce cardinal ; et qu’ayant fait une décharge sur eux, M. du Coudray y avait été tué avec quelques autres et M. de Chizey-Bitault fait prisonnier avec le reste ; qu’avant que partir, on lui permit de dire un mot au dernier qui avait été mené à Pont, {e} et qui le chargea de dire à Son Altesse Royale et au Parlement qu’il était prisonnier et qu’il croyait que son compagnon était mort. La Compagnie fit grand bruit de cela et l’on parla d’abord de prendre des résolutions étranges là-dessus ; et afin de délibérer là-dessus, ces Messieurs entrèrent dans la buvette pour manger un morceau et commencer ensuite de délibérer tant sur cela que sur la requête de M. le Prince. {f} L’opinion des Gens du roi fut de décréter contre le maréchal d’Hocquincourt et d’informer du fait, et de surseoir l’exécution de la déclaration donnée contre M. le Prince jusqu’au retour des députés qui sont en cour, auxquels on enverrait la lettre et la requête de Monseigneur le Prince pour la présenter au roi. Plusieurs opinèrent à surseoir l’exécution de cette déclaration jusqu’à ce que le cardinal Mazarin soit hors de France, et prendre tout l’argent qui se trouverait de reste dans les recettes générales après que les rentes de la Ville de Paris et les gages des officiers des cours souveraines seraient payés ; mais la délibération ne put être achevée, quoiqu’on n’en sortît qu’à quatre heures après midi, et fut remise à aujourd’hui. »


  1. V. infra note [42].

  2. Place peu fortifiée et sans défense.

  3. En éclaireur.

  4. V. note [146], lettre 166.

  5. Pont-sur-Yonne.

  6. Contre le retour de Mazarin qui, en légitimant sa conduite, justifiait qu’on levât les poursuites engagées contre lui.

Jacques Géniers, seigneur du Coudray avait été reçu conseiller au Parlement en 1639, en la première Chambre des enquêtes. Il n’avait pas été tué au combat et mourut en 1682 après être monté à la Grand’Chambre en 1669, « ayant dissipé ses biens » (Popoff, no 1295).

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, page 150, 11 janvier 1652) :

« Notez qu’en entrant au Palais, il {a} aurait crié au peuple que le conseiller Géniers aurait été tué, et le conseiller Bitault bien blessé et emmené prisonnier par les troupes de Mazarin ; ce qui fait croire à plusieurs que c’est une machine pour exciter le peuple ou obliger le Parlement de donner à la chaude quelque arrêt de prise de corps contre le maréchal d’Hocquincourt et autres officiers dans lesdites troupes, ce qu’aucuns conseillers ont proposé, mais n’ont été suivis […]. »


  1. Le capitaine du régiment de Languedoc.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 janvier 1652. Note 15

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(Consulté le 23.03.2023)

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